
AMOW - Note d’intention
- À partir de quand le confort devient-il un déni ?
Nous vivons dans un monde qui se fissure, et pourtant notre instinct est souvent l’engourdissement: regarder l’effondrement se déployer de l’intérieur comme s’il était inévitable, comme s’il ne relevait pas de notre responsabilité. AMOW cherche à perturber cette passivité. Le projet interroge la manière de passer d’un regard anesthésié à une présence active : comment rester éveillé, attentif et engagé lorsque les structures sur lesquelles nous comptons commencent à céder. Il appelle à trouver une "paix active" au sein de l'instabilité, non pour contempler la destruction, mais pour y répondre.
Dans cette œuvre, le cirque devient un moyen d’interférer avec le réel. Le rigging agit comme une forme de marionnette contemporaine, animant les objets jusqu’à ce qu’ils acquièrent une présence, une agentivité et une vie propre. L'écriture se situe à la lisière du cirque, de la marionnette et de la magie nouvelle, empruntant à chacun pour créer un langage hybride qui reste pourtant viscéralement fidèle à l'exigence physique du cirque contemporain. Le corps humain et l’objet fabriqué deviennent des pairs - coexistant dans un paysage où la vitalité s’étend à tout ce qui est façonné par le travail. La maison suspendue se comporte comme une entité spirituelle et imprévisible : parfois complice, parfois adversaire, parfois ouvertement hostile.
Conçu à l’origine in situ, AMOW s’ancre dans des espaces qui résistent à la domestication - zones industrielles, ruines, forêts - mais trouve également sa résonance sur les plateaux de théâtre. Ce sont des lieux où le confort n’a pas effacé la mémoire. Dans ces contextes, la fragile maison suspendue résonne comme une intrusion ou comme la continuité naturelle d’un paysage façonné par l’effondrement. L’œuvre affronte ces espaces pour révéler les forces qui circulent sous leur surface et l’agentivité des matériaux que nous considérons habituellement comme inertes.
Synopsis
Un homme habite une maison suspendue. Au départ, il dérive dans une routine engourdie - assis à une table, absorbé par son téléphone, entouré d’objets qui étouffent plus qu’ils ne soutiennent. Puis la maison s’éveille. Ce n'est plus un décor, mais un partenaire de jeu : l'esprit qui anime la demeure commence à en manipuler les fondations. Une chaise tente de se briser, un lit refuse le sommeil, un fauteuil frémit.
L’espace domestique ne se retourne pas seulement contre lui : il communique avec lui. Il se dispute avec ses toilettes, négocie avec l’intelligence étrange de la maison, cherchant des solutions impossibles à l’instabilité qui l’entoure. Le spectacle se déploie comme un "demi-solo" où l'interprète dialogue avec une architecture vivante.
À mesure que la structure se déstabilise, les sangles aériennes, la suspension par les cheveux et un vocabulaire de rigging inspiré de la marionnette contraignent l’interprète à naviguer entre équilibre et vide. Les objets se comportent comme des organes d’une maison mise à nu, et le corps traverse des états tour à tour comiques, fragiles ou hallucinatoires. La pièce se dirige vers une dissolution de la distance : à la fin, le protagoniste s’assoit parmi le public, effaçant la frontière entre métaphore et réalité. À travers cet effondrement - du foyer, de l’identité, de l’illusion théâtrale - les ruines deviennent un espace de possibles renouvelés.
